LES FAITS
Des réseaux de trafic de drogue recrutent des jeunes via les réseaux sociaux, notamment TikTok, à Bruxelles. Les annonces ne ressemblent pas à ce qu’on imagine : elles promettent de l’argent facile, du respect, un statut. Aucune mention explicite de drogue. Les jeunes recrutés servent de « runners » — des livreurs de drogue. C’est le maillon le plus exposé du réseau, et le plus remplaçable, car ils sont perçus comme une main-d’œuvre abordable et facilement remplaçable par les groupes criminels. D’où la phrase qui circule dans le milieu : « les jeunes sont de la chair à canon ».
POURQUOI ÇA TE CONCERNE
Tu as entre 13 et 25 ans et tu traînes sur TikTok ? Tu es exactement le profil ciblé. L’algorithme fait le reste : un compte suit l’autre, un DM arrive, ça semble anodin. Le risque est double : pénal et physique. Être arrêté en livraison, même une seule fois, peut te valoir un casier judiciaire. Et en cas de problème dans le réseau, c’est toi qui prends — pas le boss qui recrute depuis son téléphone. De nombreux jeunes sont battus par des membres plus âgés des gangs ou par des trafiquants pour avoir commis des erreurs, ou sont retrouvés avec des blessures non soignées.
LE CONTEXTE BELGE
La Belgique est un pays de transit majeur pour la drogue en Europe, et le port d’Anvers est devenu la première voie d’entrée sur ce continent pour la cocaïne produite en Amérique du Sud. Beaucoup de marchandise y passe avant d’être redistribuée. Bruxelles est un marché local majeur, et les réseaux ont besoin de main-d’œuvre jeune, peu connue des services de police. Le modèle est rodé : en haut, des grossistes. En bas, des mineurs ou jeunes majeurs qui livrent à vélo ou à pied. Les parquets bruxellois voient arriver de plus en plus de mineurs dans ces dossiers. Selon un bilan 2025 du parquet de Bruxelles, 7 166 mineurs ont fait l’objet de dossiers pour des infractions, et 17 % des jeunes arrêtés comme dealers avaient entre 13 et 17 ans. Le recrutement en ligne complique les enquêtes : les échanges peuvent disparaître vite, et les comptes changent de nom.
CE QUI FAIT DÉBAT
La police fédérale pointe la difficulté à surveiller les plateformes comme TikTok ou Snapchat, notamment en raison de l’anonymat relatif et des défis liés à l’identification des utilisateurs. Le recrutement ne passe pas par des vidéos publiques : il passe par des messages directs (DM). TikTok a renoncé au chiffrement de bout en bout pour ses messages privés afin de pouvoir intervenir rapidement sur les comportements dangereux, permettant à certains employés et autorités d’y accéder en cas de signalement. Cependant, la modération des messages privés n’est pas la même que celle des contenus visibles, et le problème des comptes de recrutement qui changent de nom avant d’être signalés persiste. TikTok affirme supprimer les contenus qui enfreignent ses règles communautaires. Des travailleurs de rue actifs à Molenbeek et Anderlecht réclament plus de moyens pour sensibiliser les jeunes avant qu’ils ne soient approchés. Pas après. Leur argument : une fois que le contact est établi et que l’argent a commencé à tomber, il est beaucoup plus difficile de décrocher.
POUR ALLER + LOIN
L’enquête de départ est à lire ici : Sudinfo — « Les jeunes sont de la chair à canon ». Tu veux en parler ou tu connais quelqu’un dans cette situation ? Contacte Infor Jeunes Bruxelles (gratuit, confidentiel) au 02 514 41 11 ou SOS Jeunes au 02 512 90 20 (24h/24h).
Sources vérifiées
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